Colloque de Nancy: 8, 9 & 10 novembre 2020

 
 
 

DISCOURS D’INTRODUCTION AU COLLOQUE DE NANCY
– 8, 9 ET 10 NOVEMBRE 2019 –
à Nancy et Villiers-les-Nancy (Métropole du Grand Nancy et Université de Lorraine)
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Avec la large participation de Monsieur le directeur du jardin Botanique Jean-Marie Pelt, Monsieur Frédéric Pautz, que nous remercions vivement,
En présence de Monsieur le représentant du ministère de l’agriculture et de l’alimentation, Monsieur Laurent Jacquiau et de Madame l’ambassadrice de l’amitié des peuples au Kazakhstan, représentant Madame Gulnéra Stipaeva, directrice générale de l’institut de botanique et de Phyto introduction du Kazakhstan.
 
Chères toutes et tous, chers ami(e)s
Qui l’eût cru ? Nous y voilà ! Au pays d’Émile Gallé, ce si célèbre botaniste et verrier, amoureux de ses Vosges et de la nature, créateur de l’École de Nancy, auteur de la si jolie phrase : « Nos racines sont au fond des bois, parmi les mousses, autour des sources »
Trente ans déjà !
Comme on le notait au 25ème anniversaire du CCVS fêté à Segrez, célèbre arboretum d’Alphonse Lavallée, personne à l’époque ne pouvait se douter jusqu’où nous mènerait cette belle initiative du Conservatoire des Collections végétales Spécialisées (CCVS).
Nous attendions 50 participants, nous sommes 124, non 125. Vous êtes toutes et tous venus, souvent de très loin, de tous les coins de France, de Belgique, du Kazakhstan, de la Côte d’Ivoire… pour :

  • partager ce moment d’amitié et de réflexion autour de notre passion commune : les plantes,
  • mais aussi, au bout de trente ans, pour recueillir tous vos témoignages et tous les échanges lors des ateliers et les tables rondes.

Il était temps de faire un point d’étape, pour mieux connaître les richesses et les trésors que vous entretenez, au prix bien souvent de sacrifices que vous gardez pudiquement pour vous, et qui sont trop souvent ignorés de nos élus et de l’état.
Le temps est venu de mieux cerner les enjeux de demain, d’ajuster notre vision dans le cadre des grandes « turbules » mondiales :

  • En résumé, bien cerner le sens de nos actions pour savoir dans quel sens aller dans les 30 années qui viennent.
  • Contribuer au travail auprès du Comité Technique Permanent de la Sélection (CTPS) section Ressources Phyto génétiques (RPG), que nous menons depuis trois ans et dont le renouvellement nous a été demandé. Droits et devoirs de part et d’autre sont soulignés : il s’agit de protéger la biodiversité et de la pérenniser. Nos collections y participent grandement, pas de doute à ce sujet. En conséquence, il s’agit aussi de trouver des ressources financières pour nos collectionneurs et notre réseau. Tout tend à trouver des solutions ensemble : état, régions, mécènes, privés… La création d’une fondation est en cours avec l’aide du CTPS.

 
Rappelons-nous ! Le CCVS est né en 1989, de la rencontre entre des scientifiques et des amateurs passionnés et éclairés. Ils s’étaient donnés pour mission de rassembler toutes celles et ceux qui souhaitaient œuvrer contre la disparition de ces plantes qui sont autant de ressources pour l’homme et qui constituent la base de la biodiversité indispensable au bien-être sur Terre, au bien-être pour tous. Ces collections ex situ, labellisées par le CCVS au cours du temps, sont devenues autant de bastions pour porter secours à la préservation de cette biodiversité tant vantée et si peu assurée.
 
Les collectionneuses et les collectionneurs, aux aventures et aux expériences de vie aussi diversifiées que celles des plantes, ont constitué, au cours du temps, comme la plupart se définissent, « une jolie tribu de cinglés de la plante et de la botanique ». D’autres diront qu’ils ont attrapé « une grave maladie sans intention d’en guérir, celle de l’amour des plantes » et le 25ème anniversaire de l’épopée du CCVS soulignait  « les  3 V de laVictoire : Vision, Valeur, Volonté ».
 
Hélas ces victoires sont à conquérir en permanence, car triste, très triste époque celle que nous traversons !
 
Dérèglement climatique, montée des océans, accroissement exponentiel des échanges internationaux, pratiques agricoles préjudiciables, sécurité alimentaire aléatoire, usages alimentaires bouleversés, lutte contre la pandémie internationale de l’obésité et du diabète, nouveaux enjeux de l’aménagement du territoire, démographie croissante, disparition des terres agricoles… Le défi à relever n’a peut-être jamais été aussi crucial à l’échelle planétaire et sur nos propres terroirs et territoires.
Le végétal est une ressource souvent très mal utilisée. Il nous faut réunir toutes les forces vives pour répondre à ces différentes préoccupations. Les collections de plantes labellisées par le CCVS, en amont de la filière horticole, ont un rôle important à jouer. À savoir, plus de 70 collectionneurs sont pépiniéristes et cotisent chez Val’hor (organisation interprofessionnelle qui rassemble les professionnels de l’horticulture, de la fleuristerie et du paysage).
Et comme l’indiquait le président du CTPS section RPG, Monsieur Fabrice Dreyfus : « Face aux changements brutaux comme le climat, le modèle économique, les changements sociétaux, les nouvelles attentes des consommateurs et même les graves problèmes phyto sanitaires, c’est dans les ressources phyto-génétiques des mêmes collections que l’on peut trouver les éléments de résilience et des réponses innovantes ».
Depuis 2016, nous déployons tous nos efforts pour faire reconnaître ce patrimoine végétal vivant constitué par les collections du CCVS au moins à l’instar du patrimoine bâti. Lors de la première journée des acteurs des ressources phyto-génétiques des espèces cultivées et apparentées sauvages dont nous faisons officiellement partie, nous avons été heureux de relever que ces ressources font partie du patrimoine de l’humanité, mais également du patrimoine commun de la nation française. Soyons fiers des collectionneurs et des collections.
On ne pouvait mieux le dire, et l’apport d’un nouveau regard du CCVS sur le potentiel de ces ressources phyto-génétiques, patrimoniales, sociétales… qui ne sont pas prises en compte par le marché actuel, est terriblement important.
Une double menace pèse sur les RPG (ressources phyto-génétiques). Je reprendrai à notre compte les propos échangés dans les différents groupes de travail du CTPS section RPG. La première menace actuelle porte sur une absence d’analyse, de conservation et de diffusion de ces ressources. La deuxième menace est plus environnementale qu’économique car les RPG se sont développées dans des lieux institutionnels ou industriels, dans des conditions sociales ou environnementales spécifiques qui parfois même n’existent plus… Il est bon, aussi, d’affirmer que les ressources phyto-génétiques ne sont pas que biologiques, elles doivent prendre en compte la conservation des processus sociaux, les savoir-faire… ce qui reste à faire largement à l’échelle mondiale et en France en particulier.
 
Face donc aux enjeux d’aujourd’hui, le CCVS se mobilise pour faire connaître les viviers génétiques, culturels et patrimoniaux des collections labellisées par le CCVS :

  • à travers des exemples et des témoignages très diversifiés,
  • à travers des informations plus techniques que vous trouverez dans les 2 ateliers
  • à travers les échanges dans les 2 tables rondes

 
Votre regard nous intéresse tous. Ce colloque a bien pour objet de valoriser l’importance des collections ex situ et des collectionneurs au vu des enjeux actuels, de retrouver le souffle des grandes explorations botaniques passées, dont on mesure encore aujourd’hui les visées économiques, culturelles, politiques et scientifiques.
 
Au vu de l’importance de cette rencontre, nous enregistrons tous les propos afin qu’ils soient analyser par la suite.
 
Faisons pousser et entretenons nos arbres à palabres, inscrivons nos résolutions et nos rêves dans du bronze, affirmons ce que nous sommes en reprenant l’expression de certains : le CCVS, c’est quoi ? c’est en quelque sorte « une Concentration de Collectionneurs Vraiment Sérieux »;
 
« Il était une fois une formidable aventure ! celle du CCVS, qu’elle dure encore et encore ! ». C’est le souhait de tous. Et bon « placotage » comme diraient nos amis québécois.
 
En route vers de nouvelles aventures.
 
Françoise Lenoble-Prédine
Présidente
Fondatrice et responsable de la revue Hommes et Plantes